Co-sleeping

Fotolia 37043318 XSCosleeping, cododo, sommeil partagé…

Difficile de voir clair derrière cette profusion de barbarismes qui envahissent les forums internet.


Ils renvoient pourtant tous à une même réalité : le fait pour un nourrisson de « dormir au contact social et/ou physique d’une personne responsable » (1). Éclairage.

« Après neuf mois passés dans le giron maternel, je trouve normal que le nouveau-né dorme dans la chambre de ses parents pendant quelques mois. Cette proximité répond à son besoin de sécurité pour s’adapter au monde extérieur et à l’impossibilité de la mère (et du père) de s’en séparer la nuit »,
affirme le Dr Jacky Israël.

Ce voisinage – très confortable en cas d’allaitement – constituerait en outre un rempart efficace contre la mort subite du nourrisson.
« Le sommeil partagé permet au nouveau-né de synchroniser sa respiration sur celle de ses parents, l’empêchant de prolonger des événements d’apnée spontanée, responsables d’accidents irréversibles », explique Claude-Suzanne Didierjean-Jouveau.
Mais contrairement à la porte-parole de la Leche League France (2), certains spécialistes y sont farouchement opposés, aucun couple n’étant à l’abri d’étouffer ou écraser son bébé pendant la nuit (3).

L’Hôpital Antoine-Béclère de Clamart avance à ce titre le chiffre morbide de plus de trente décès annuels. Se rangeant à l’avis des partisans du couchage séparé, le Dr. Israël admet qu’il peut cependant souffrir d’exceptions, « notamment lorsque la mère a déjà perdu un enfant ou qu’un nourrisson est très insécurisé ou malade ».

« Une pratique taboue »

Née en avril 2010, Fleur fait partie des bébés malades qui, selon sa maman, ont été sauvés grâce au partage du lit parental. « À sa naissance, ma fille s’étouffait dans son sommeil. J’ai donc aménagé la chambre de la maternité pour dormir contre elle », raconte sa mère. Ce contexte très particulier doit néanmoins rester temporaire, d’abord parce que « l’enfant risque d’y prendre goût », prévient le pédopsychiatre Marcel Rufo, et ensuite « pour éviter qu’il ne devienne le doudou de l’un de ses parents », alerte de son côté la psychanalyste Lyliane Nemet-Pier, adepte de l’adage
« chacun son lit et la maison sera bien gardée ».

Difficile cependant de déterminer le moment où bébé doit gagner sa chambre, tant les situations se suivent sans se ressembler. Un consensus semble avoir été trouvé autour de 6 mois, âge auquel l’enfant commence à s’autonomiser et les parents à se lasser.

Rassurée par la présence d’Oscar durant le premier semestre de sa vie, Marie avoue avoir été soulagée lorsqu’il a quitté l’espace parental, autorisant enfin « les nuits complètes et les retrouvailles avec son compagnon ». S’il ne regrette pas d’avoir dû squatter le canapé lors des tétées nocturnes de sa fille, Charly admet que sa vie de couple a repris du sens depuis que Romy a intégré sa chambre. Les nombreux témoignages en ce sens expliquent que plus d’un parent ait rapidement déclaré forfait. Un mois de « cododotage » suffit généralement à ce que Junior soit encouragé à prendre ses quartiers d’été !

Une chose est sûre cependant : « Dormir avec bébé n’a rien d’une tendance récente venant des États-Unis », affirme le Pr Rufo. Et Lyliane Nemet-Pier, auteure de Moi, la nuit, je fais jamais dodo…, de rappeler que jusqu’au début du siècle dernier, la plupart des familles dormaient dans la même pièce, voire dans le même lit. Pourquoi donc un tel battage autour d’une pratique que l’on feint de redécouvrir et qui, selon les experts, serait bien plus répandue qu’on ne le croit (4) ? « Parce qu’elle est taboue », poursuit Marcel Rufo, agacé par les théories culpabilisantes de certains confrères qui imposent de faire ce qu’ils disent, « mais surtout pas ce qu’ils font chez eux ». Se taire sur ce qui se passe dans sa chambre serait donc le prix de la tranquillité… À condition d’être informé des risques.

(4) Les résultats d’une étude française révèlent qu’entre 0 et 6 mois, 62 % des enfants ont dormi régulièrement dans la chambre de leurs parents et 32 % plus ou moins régulièrement dans leur lit (M.-P. Streicher, F. Undreiner, B. Escande, C. Langlet, J. Messer, Congrès national de la Société française de pédiatrie, Lille, 2-5 juin 2004).

Ouvrages et articles sur ce thème
Enfants : mode d’emploi à l’usage des pères, du Dr Jacky Israël (éd. Anne Carrière), janvier 2010.
Partager le sommeil de son enfant, de Claude-Suzanne Didierjean-Jouveau

(éd. Jouvence), janvier 2005.
Comment aider bébé à bien dormir ?, du Pr Marcel Rufo et Christine Schilte

(éd. Hachette Pratique), janvier 2009.
Détache moi ! Se séparer pour grandir, du Pr Marcel Rufo (éd. Anne Carrière), avril 2005.
Moi, la nuit, je fais jamais dodo, de Lyliane Nemet-Pier (éd. Fleurus), mars 2000.
Peur du noir, monstres et cauchemars : comment rassurer votre enfant ?,

de Lyliane Nemet-Pier et Françoise Devillers (éd. Albin Michel), janvier 2009.
Mon bébé dort bien, d’Edwige Antier (éd. Jacob-Duvernet), février 2008.
Comment dorment les bébés : pour ou contre le sommeil partagé,

de Claude-Suzanne Didierjean-Jouveau, James McKenna, Jacky Israël, cahier n° 2, coll.
Naître, Grandir, Devenir  (éd. Belin), 2004.
Dodo, l’enfant do : le sommeil du tout-petit, sous la direction de Jacky Israël, « Les Dossiers de Spirale » (éd. Érès), 2008.

Source : http://madame.lefigaro.fr/societe/lheure-du-cododo-291110-29696

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