Bébé peut-il dormir avec moi ?

Marcel Rufo est pour.
Claude Halmos est contre.

Marcel Rufo.

Après avoir été contre le « co-sleeping », vous n’y trouvez plus rien à redire.

Pourquoi ?

Les psychanalystes et sans doute moi avec, nous avons eu tendance à culpabiliser les parents, et surtout les mères. Nous oublions alors deux choses essentielles : que la majorité des enfants qui dorment avec leurs parents se portent très bien – mais ce n’est pas ceux que nous voyons en consultation ! Et, surtout, que ce n’est pas la mère qui rend l’enfant anxieux et incapable de s’endormir seul, mais que c’est elle qui, mieux que quiconque, sait repérer son anxiété et y remédier.

Rien de grave donc, de dormir avec son enfant ?

Si c’est justifié, absolument pas. Un désordre temporaire, telle cette incapacité à s’endormir seul dans son lit, n’est pas un signe pronostique pour plus tard. L’anxiété d’un bébé n’est pas le symptôme d’une pathologie à venir : c’est une manière de s’exprimer, puisqu’un bébé ne sait parler que de façon somatique… Relançons le commerce des lits de 180 cm ! Mais il faut que les parents expliquent clairement à l’enfant qu’il s’agit d’une solution temporaire, qui aura une fin, et tentent systématiquement de l’endormir dans son propre lit avant de le coucher dans le leur.

Et qu’en est-il du co-sleeping pratiqué par une mère seule avec son enfant ?

Il n’est pas recommandé, car l’enfant devient le médicament de sa mère, il est parentalisé trop tôt. Quant au cas de figure où le père hors du lit conjugal pour l’exiler au salon, je dirai, comme Françoise Dolto, que cela m’interpelle plus sur la bonne santé du couple et sur sa sexualité que sur le bon développement de l’enfant !

Dans la lutte contre la mort subite du nourrisson, le fait que l’enfant ait trop chaud sous la couette des parents avait été mis en cause…

Des consignes simples ont permis, depuis quelques années, de prévenir ce type d’accident : coucher son enfant sur le dos ( de 60 à 75% de diminution de mort subite, d’après les statistiques), éliminer couette et oreiller de son lit, garder la chambre à une température qui ne dépasse pas 19°C. Non, le seul problème du co-sleeping est d’y mettre un terme, d’y préparer le bébé, de s’y préparer, soi !

C’est le travail des parents que d’apprendre à se séparer de leur enfant, et non l’inverse.

Claude Halmos.

Vous restez farouchement opposé au co-sleeping, Cododo ?

Oui. Les partisans du co-sleeping développent pour arguments deux idées.
- D’une part, un lien fusionnel avec la mère serait, dans les premières semaines, nécessaire au bébé.
- D’autre part, ses troubles du sommeil seraient dus à l’angoisse provoquée par l’obligation de dormir seul.

Or, la nature du lien dont un bébé a besoin au début de sa vie ne relève pas de la fusion.

De quoi bébé a-t-il besoin ?

D’une proximité avec sa mère qui, par ses bras, sa tendresse, et surtout ses mots, lui donne une sécurité différente mais aussi grande que celle qu’il trouvait en elle dans l’abri utérin. Mais c’est la parole qui est essentielle. Contrairement au corps à corps qui, lorsqu’il s’interrompt, ne laisse pour le bébé aucune trace utilisable, les mots de sa mère demeurent dans sa tête : il peut, lorsqu’elle est absente, se les dire, se les redire. Et, grâce à eux, la retrouver. Capacité essentielle qui lui permet, aussi petit soit-il, de se sentir rassuré et de rester seul sans être dans la solitude. Et qui faisait dire à Françoise Dolto que les mots sont, pour le bébé, le véritable « objet transitionnel ». Cette importance de la parole, les partisans du co-sleeping la nient…

Alors, pourquoi le sommeil du bébé est-il troublé ?

Les troubles du sommeil du bébé et du jeune enfant ont le plus souvent pour cause une inquiétude, mais elle ne découle pas de sa supposée solitude. Elle est liée soi à un problème qu’il rencontre, non repérée par ses parents, soit à une angoisse qu’il perçoit chez l’un ou l’autre d’entre eux – une inquiétude à son égard, qu’il ressent et l’insécurise… Si on lui explique, tout rentre dans l’ordre.

Pourtant, ça marche : un bébé impossible à endormir dans son propre lit s’endort dans celui de ses parents !

Parce que, en l’accueillant dans leur lit, les parents s’interposent, pour un moment, leur présence réelle entre l’enfant et les fantômes qui le hantent. L’angoisse cède, très momentanément. Et, protégé par le corps de l’adulte, il réussit à s’endormir. Mais une telle solution n’en est pas une : elle ne règle rien.

Quelles conséquences pour le bébé ?

Il se construit dans un « collage » avec sa mère, dont il peut avoir du mal à se défaire. Et il est placé d’emblée dans un système où l’existence de ses parents comme couple, séparé de lui, n’est pas posée. Il n’est donc pas « à sa place ».

Source : http://www.elle.fr/elle/Maman/Mon-bebe/Sommeil/Mon-bebe-peut-il-dormir-avec-moi/Marcel-Rufo-est-pour/%28gid%29/939701

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