Son enfant chez le spy

chagrin-1Pas toujours facile d’emmener son enfant chez le psy,
même si l’on sait tout le bien qui peut sortir de ces séances. Mais comment se passent-elles justement ? Réponses avec Christine Brunet, psychologue clinicienne et psychothérapeute. Elle est également l’auteur de Petits tracas et gros soucis de 1 à 7 ans (Albin Michel, 2002).

Laurence Ravier

Quels sont les motifs les plus courants de consultation ?

Ces motifs sont multiples, mais parmi les enfants que je reçois, nombreux sont ceux qui sont confrontés au divorce de leurs parents, à la maladie d’un proche, à un décès… Une baisse tangible et durable des résultats scolaires fait également partie des signaux qui alertent les parents, tout comme des changements brusques de la personnalité de leur enfant, des problèmes d’énurésie, des troubles de la concentration ou du sommeil, des manies qui reviennent sans cesse, des caprices ou des colères de plus en plus fréquents…

Je remarque d’ailleurs que ce sont les parents eux-mêmes qui prennent l’initiative d’un rendez-vous. Il y a encore peu, c’était plutôt l’école qui suggérait une rencontre avec un psychologue. Aujourd’hui, consulter un psy se banalise de plus en plus : les parents dépassent plus facilement le sentiment de honte ou d’humiliation qu’ils peuvent éprouver. Leur souci principal est d’apporter de l’aide à leur enfant.

Comment se déroule le premier rendez-vous ?

Ce premier rendez-vous est très important car, outre la prise de contact, il permet de soulager et déjà de réfléchir. Sauf que, pour des raisons diverses, séparation, refus de l’un ou de l’autre, il arrive souvent que des parents ne viennent pas ensemble. Mais j’insiste toujours sur l’importance, à mes yeux, de les rencontrer tous les deux, même séparément : l’enfant qui vient est pris dans une histoire familiale, une généalogie dont on ne peut faire abstraction.

Au début de ce premier rendez-vous, j’interroge tout d’abord l’enfant, en présence de son ou ses parents : sait-il pourquoi il est là, qu’en pense-t-il ? Je m’entretiens ensuite avec son père et sa mère devant lui. Le plus souvent, je l’installe devant un dessin ou avec un jouet, mais je l’interpelle de temps à autre sur tel ou tel propos de ses parents.

Agir ainsi, c’est donner une chance à chacun de s’exprimer, de donner son point de vue et de montrer à l’enfant que tout le monde a envie de l’aider. Cela me permet également de voir si l’enfant accepte cette discussion et les propos tenus. Si je sens que l’on se dirige vers des confidences plus intimes et plus difficiles, je propose aux parents de se revoir ultérieurement, seuls. Il n’est pas question de tout dire devant un enfant, mais jamais je ne lui demanderai non plus d’attendre seul dans la salle d’attente.

Il arrive aussi que certains parents demandent à me rencontrer, tout d’abord sans leur enfant. Je donne mon accord, sauf s’ils consultent pour un adolescent, car celui-ce ne doit surtout pas avoir la sensation que l’on agit à son insu. Sinon, je pense qu’il est bon de s’autoriser à voir le thérapeute de son enfant sans lui !

Pendant la thérapie, ce ne doit pas être facile pour les parents de ne pas savoir ce qui se dit entre l’enfant et vous ?

Tout ce que me confie l’enfant est en effet strictement confidentiel ! Quand son papa ou sa maman entrent à la fin de la séance pour me payer, je n’ai pas forcément un entretien avec eux. Mais si quelque chose me semble important à partager avec eux, je pose tout d’abord la question à l’enfant.

Il est vrai que ces rendez-vous, le premier surtout, mobilisent beaucoup l’inconscient de chacun. Beaucoup de choses se jouent, en termes de désirs, de projections, de lâcher-prise, de distance… Certains parents se sentent coupables de ne pas se débrouiller seuls, mais la plupart d’entre eux ressentent surtout du soulagement à l’idée de plus être seuls à chercher une solution au mal-être de leur enfant.

En revanche, mettre un terme à la thérapie est une décision que je prends conjointement avec l’enfant et ses parents, au vu de la situation. Et s’il arrive que l’enfant n’ait plus envie de venir, je lui demande d’honorer tout de même un dernier rendez-vous pour se dire au revoir, mais aussi pour expliquer au parent qui l’accompagne qu’il prend lui aussi la responsabilité d’arrêter. Je laisse d’ailleurs toujours une porte ouverte et le plus souvent, les enfants reviennent !

Source : http://www.psychologies.com/Therapies/Toutes-les-therapies/Therapies-familiales/Interviews/Son-enfant-chez-le-psy

Laissez un commentaire