Mort subite du nourrisson : encore des efforts à faire !

Un nombre important de morts subites du nourrisson pourrait être évité si les bébés étaient couchés dans un
environnement adapté, affirme l’Institut de veille sanitaire (InVS).

Dans une enquête nationale réalisée sur la période 2007-2009, parmi les décès enregistrés chez les bébés de moins de 6 mois, plus d’un tiers étaient dus à un environnement de sommeil non sécurisé.

La mort subite du nourrisson fait partie des morts inattendues du nourrisson (MIN) que l’on définit par le décès de l’enfant, le plus souvent dans son sommeil, alors que rien dans son histoire ne permettait de l’anticiper, rappelle l’InVS. Certains facteurs de risque sont désormais bien identifiés, comme le couchage de l’enfant dans un environnement non adapté (couchage sur le ventre, matelas mou, canapé, lit adulte, utilisation d’une couette ou d’une couverture dans lesquelles l’enfant peut s’enfouir, une pièce trop chauffée) ou encore le tabagisme passif. Par ailleurs, le fait d’être un garçon, la prématurité ou un petit poids de naissance majorent le risque.

Dans son enquête menée entre octobre 2007 et septembre 2009 dans 17 départements volontaires, l’InVS a cherché à estimer le taux de morts inattendues des enfants de moins de 2 ans, d’identifier parmi elles les morts subites du nourrisson (MSN), les morts violentes et les morts expliquées, puis d’évaluer la qualité de la prise en charge dans les Centres de référence de la MSN au regard des recommandations de la Haute Autorité de Santé.

84 % des décès avant 6 mois

Durant la période de l’étude, 256 MIN sont survenues, parmi lesquelles 220 concernaient des enfants de moins de 1 an. Plus précisément, la moitié avait moins de 3 mois et 84 % moins de 6 mois. Les chercheurs ont retrouvé la présence de facteurs de risque connus comme la prématurité (17 % des enfants décédés étaient nés avant 37 semaines de grossesse contre 6 % en population générale) et l’hypotrophie (19 % avaient un petit poids de naissance contre 7,2 % en population générale). Mais surtout, « plus d’un tiers des enfants de moins de six mois décédés de MIN dormaient dans un environnement non sécurisé ».

Un tiers de l’ensemble des décès ont pu être expliqués. Les examens réalisés dans les centres de référence sur 214 enfants ont montré que les maladies infectieuses, respiratoires, digestives ou autres étaient impliquées dans près de la moitié d’entre eux (44,5 %). Environ 60 % des décès en revanche n’étaient pas suffisamment documentés et ont été considérés comme des MSN. Pour autant, les auteurs de l’enquête soulignent que « les deux tiers dormaient dans un environnement non sécurisé ».

Parmi les décès survenus chez des nourrissons de plus de 1 an, les deux tiers étaient notamment dus à des pathologies infectieuses.

Enfin, le taux de MIN par département égalait 40,1/100 000 naissances sur l’ensemble des départements, mais avec des fortes disparités : le Nord présente ainsi un taux record de 82,9/100 000, tandis que les taux les plus bas sont enregistrés en Ile-de-France (à l’exclusion de la Seine-Saint-Denis) avec 18,6 à 29,4/100 000.

Pas suffisamment d’autopsies ou d’imageries cérébrales

L’InVS souligne par ailleurs que si l’immense majorité des enfants a été transportée dans les centres de référence, les examens réalisés sur place correspondaient rarement aux recommandations de la HAS, « pouvant conduire à méconnaître une mort violente ou naturelle expliquée ». Ainsi, « seuls 45 % des enfants avaient eu un scanner ou une IRM cérébrale », « seuls 6,5 % avaient eu un fond de l’oeil » (un examen crucial pour diagnostiquer un syndrome du bébé secoué) et l’autopsie a été réalisée de manière très variable selon les départements (de 33 à 100 %). L’InVS invoque par ailleurs le coût de certains examens pour expliquer qu’ils n’aient pas été réalisés dans certains centres (la biopsie de peau avec culture de fibroblastes pour la recherche de certaines maladies métaboliques par exemple).

Renouveler les campagnes de sensibilisation

L’InVS appelle donc les autorités sanitaires à renouveler les campagnes en faveur d’un couchage sécurisé des nourrissons, telles que celles menées dans les années 1990 qui s’étaient traduites par une baisse notable du nombre de MSN. L’institut rappelle par ailleurs qu’il est obligatoire de transférer les nourrissons décédés dans les centres de référence pour une investigation, laquelle doit reposer au mieux sur une autopsie, ou, en cas de refus des parents, une imagerie complète.

Sources : « Les morts inattendues des nourrissons de moins de 2 ans – Enquête nationale 2007-2009″, Institut de veille sanitaire, mars 2011 (rapport et synthèse téléchargeables sur le site de l’InVS).

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