Mamans : gare au blues de la maternelle !

Le blues de la « mèredeuf »

Les conseils de Nadia Daam, Corinne Maier et Marlène Schiappa pour bien vivre sa première rentrée à la maternelle.

Ça y est ! Trois ans (autant dire une éternité) que vous attendiez ce moment béni : Junior entre enfin en maternelle. Mais passés les premiers moments de jubilation, une question angoissante s’immisce dans votre esprit :
comment assumer cette nouvelle liberté ?

Junior, votre bruyante prothèse humaine, rentre à l’école après 36 mois éprouvants durant lesquels vous lui avez appris les premiers rudiments de la vie :
bafouiller les principales formules de politesse,
privilégier l’espace clos des toilettes à son slip et
essayer de manger presque aussi proprement que Polochon, votre Terrier du Tibet.

Un bilan s’impose :
1. Vous estimez être une bonne mère.
2. Vous êtes désespérément seule.
« Lorsque l’on décide de prendre un congé parental, il faut être consciente que l’on signe pour trois ans de solitude à regarder Motus à la télé », ironise la journaliste et chroniqueuse Nadia Daam(1).

Et pour cause, les horaires de votre rejeton ne correspondent à ceux d’aucun individu normalement constitué : il se réveille à l’aube, dort l’après-midi, prend son bain à l’heure de l’apéro et se couche avec les poules.
Comment dans ces conditions mener une vie sociale normale ?
« Après trois années calées sur ce rythme, l’entrée en maternelle peut être vécue de manière très violente si la mère ne s’est pas préparée à occuper ses journées autrement », poursuit la journaliste, qui évoque le risque d’un second baby blues teinté de culpabilité.

Responsable mais pas coupable

Responsable (de sa nouvelle vie sans Junior), pas coupable, tel devrait être le mot d’ordre de toutes les mères qui réapprennent à exister en solo (entendre : « sans un petit être braillard qui traîne dans leurs pattes toute la journée »).
À en croire la psychanalyste Corinne Maier, connue pour son ouvrage polémique
No Kid
(2), c’est pourtant plus facile à dire qu’à faire.
« Beaucoup de femmes culpabilisent de s’occuper à nouveau d’elles pendant que leur enfant est à l’école », constate-t-elle.
Et Nadia Daam d’illustrer : « On n’est déjà à deux doigts de se flageller quand on n’a pas eu le temps de cuisiner de légumes à notre pauvre petit chéri, alors le confier à des inconnus toute la journée, vous imaginez… »

Non ? Et bien il va falloir essayer et plus tôt sera le mieux ! « Avoir des enfants implique d’apprendre à s’en détacher pour les préparer à l’autonomie et accepter que l’on est pas l’unique personne à pouvoir assurer leur bien, insiste Corinne Maier. C’est en outre une chance inespérée d’échapper au statut de ‘mèrdeuf (3)’ dans lequel on s’était enfermé », ajoute la spécialiste. À condition toutefois de s’y prendre correctement.

« On signe pour trois ans de solitude à regarder Motus à la télé »

Occuper ses journées, d’accord. Mais pas n’importe comment !

Parmi les nombreuses pistes envisageables pour occuper ses journées de farniente, figure bien sûr la case « retour au boulot ». Aux dires de Corinne Maier, cela constituerait par ailleurs un excellent moyen de souffler. « Quand mes enfants étaient petits et que je reprenais le travail le lundi matin, j’avais le sentiment d’aller me reposer », confie-t-elle sans dérision.
Sans aller aussi loin, Nadia Daam suggère de multiplier les activités : « à moins de vouloir décrocher un rôle dans un remake de Casper le fantôme, remplir son agenda avec une séance de ciné ou un rendez-vous chez l’esthéticienne évite de se retrouver à errer comme une âme en peine devant la grille de l’école dès 15H30 ! » Interdit en revanche de scotcher sur les e-forums maternels pour échanger des recettes de purées ou multiplier les réunions de ‘merdeuf’ pour comparer les performances du petit dernier.

« On le laisse manger à la cantoche avec Lucas et Mattéo »

Et gare à celles qui seraient tentées de récupérer Junior entre midi et deux. On le laisse manger à la cantoche avec Lucas et Mattéo, ses deux nouveaux copains de classe. « Sinon on passe ses journées à faire des allers-retours entre la maison et l’école et le temps qui reste est tout juste bon à lancer une machine », commente Marlène Schiappa, fondatrice du réseau Maman travaille et auteure d’un guide éponyme (4).
Or quand on sait que 80% des tâches ménagères restent l’apanage des dames, le risque de passer du statut de mère de famille à celui de femme de ménage est grand… Et pas follement excitant.

(1) Chroniqueuse aux Maternelles sur France 5 et co-auteur de Mères indignes (Éd. Privé, 2011) et Mauvaises mères ! Les joies de la maternité (Éd. J’ai Lu, 2011).
(2) Éd. J’ai Lu, 2009.
(3) Contraction de « mère de famille ».
(4) Maman travaille, Éd. First, 2011.

Source : http://madame.lefigaro.fr/societe/blues-de-meredeuf-310811-171181

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