La Kinésitherapie efficace pour les Bronchiolites ?

La réponse de Christophe Delacourt du service de pneumologie pédiatrique de l’hôpital Necker à Paris.

La bronchiolite aiguë est une infection virale qui touche le nourrisson.

C’est un véritable problème de santé publique, puisque environ 450.000 d’entre eux sont atteints chaque année. Ils présentent une toux, une gêne respiratoire d’intensité variable et une respiration sifflante.

Les gênes respiratoires les plus importantes s’observent avant 6 mois, et tout particulièrement avant 3 mois.

Un avis médical est indispensable pour évaluer la tolérance de l’enfant à sa bronchiolite. Toutefois, dans la majorité des cas, une hospitalisation n’est pas nécessaire.

Il n’y a pas de traitement spécifique de la bronchiolite. Les antibiotiques sont sans intérêt puisque l’agent infectieux est un virus. Les mesures préconisées visent donc à améliorer le confort de l’enfant, en attendant la guérison spontanée de l’infection.

L’évolution spontanée passe par une phase d’accentuation des symptômes, pendant deux à trois jours, avant une phase d’amélioration lente de cinq à sept jours. Le virus responsable de la bronchiolite infecte à la fois les voies aériennes supérieures (nez, gorge) et inférieures (bronches). Il induit une hyper- sécrétion importante, qui participe à l’obstruction des bronches, mais également du nez.

Les conséquences pour l’enfant vont être une plus grande difficulté à s’oxygéner, à laquelle il s’adapte par une respiration plus rapide. Lorsque la gêne devient importante, elle retentit sur la capacité de l’enfant à s’alimenter: moins bonnes prises de biberon et vomissements plus faciles.

Des mesures thérapeutiques simples visent donc à désobstruer le nez avant chaque biberon avec du sérum physiologique et à fractionner les prises alimentaires, c’est-à-dire à offrir des portions plus petites que d’habitude, à un rythme plus fréquent. La kinésithérapie respiratoire est souvent prescrite pour faciliter la désobstruction des bronches. Sa place est toutefois très débattue, et de nombreuses sociétés savantes n’en recommandent pas la pratique systématique. Ainsi, l’Académie pédiatrique américaine souligne que les inconvénients de la kinésithérapie (stress pour l’enfant, coût pour la société) sont supérieurs à ses potentiels bénéfices. Le consensus français lui-même, établi en 2000, précise que la prescription de kinésithérapie n’est pas systématique mais dépend de l’état clinique de l’enfant, c’est-à-dire de son encombrement bronchique. Ce consensus regrettait toutefois l’absence d’études bien menées permettant d’évaluer la réelle efficacité de cette pratique.

Trois séances par jour

Nous disposons désormais d’une telle étude. Elle a été coordonnée par le Dr Gajdos (pédiatrie, Antoine-Béclère) et a impliqué plusieurs hôpitaux d’Ile-de-France.
Près de 500 enfants hospitalisés pour bronchiolite ont participé à cette étude, avec l’accord de leurs parents. La moitié de ces enfants avait trois séances de kinésithérapie par jour associées à une désobstruction des voies aériennes supérieures et l’autre moitié avait uniquement une désobstruction des voies aériennes supérieures. Au final, les deux groupes ont guéri avec la même rapidité, suggérant que la kinésithérapie respiratoire n’accélère pas l’évolution naturelle de la bronchiolite. Ce résultat est très important car il renforce la notion que la kinésithérapie respiratoire n’a pas de justification à être prescrite systématiquement chez tout nourrisson avec bronchiolite.

À l’inverse, cette étude ne signifie pas que la kinésithérapie respiratoire est inutile chez tous les enfants. Tous les cliniciens ont observé des améliorations symptomatiques importantes après kinésithérapie respiratoire, lorsqu’il existait un encombrement initial important. Il n’y a pas encore de nouvelles recommandations consensuelles sur les indications de la kinésithérapie respiratoire, mais on peut dès à présent proposer des prescriptions «raisonnables».

La kinésithérapie respiratoire apparaît superflue chez les enfants ayant une forme légère de bronchiolite, avec une excellente tolérance. Les mesures simples citées plus haut sont suffisantes, associées à des consignes de nouvel avis médical en cas d’accentuation des symptômes. Il faut également y ajouter l’arrêt de tout tabagisme passif qui est un facteur aggravant prouvé. La kinésithérapie respiratoire doit probablement être réservée aux nourrissons ayant un encombrement bronchique évident à l’examen clinique, avec un impact significatif sur la tolérance (rapidité de la respiration, diminution des prises alimentaires). Dans ces situations, le travail du kinésithérapeute ne se limite pas à la réalisation des séances de désobstruction, mais contribue de façon importante à la surveillance rapprochée de ces nourrissons.

Source : http://www.lefigaro.fr/sante/2011/01/09/01004-20110109ARTFIG00238-la-kinesitherapie-efficace-dans-les-bronchiolites.php

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