Grossesse et antidouleur, attention à la fertilité masculine !

Grossesse : les antidouleurs pas indolores pour la
fertilité masculine ?

Prendre des médicaments antidouleur comme le paracétamol, l’aspirine ou l’ibuprofène pendant la grossesse pourrait avoir des conséquences néfastes sur la fertilité des futurs garçons, suggère une étude.

Des résultats qui appellent plus de recherches.

Des médicaments aussi courants que l’aspirine, l’ibuprofène ou le paracétamol seraient-ils impliqués dans la baisse récente de la fertilité observée en Europe chez les hommes ?

C’est la question troublante que pose une étude menée à la fois au Danemark, en Finlande et en France sur le lien entre la consommation de ces médicaments par des femmes enceintes et un problème de descente des testicules chez les fœtus mâles (la cryptorchidie).

Les femmes enceintes qui viennent d’avaler un cachet de paracétamol ne doivent pas paniquer pour autant.

L’étude publiée par la revue Human Reproduction combine des résultats observés chez deux cohortes de femmes enceintes, au Danemark et en Finlande, et des résultats obtenus sur le rat par l’équipe de Bernard Jégou, spécialiste de reproduction humaine à l’Université de Rennes-1 (Inserm).

Cas particulier du Danemark

Près de 800 Danoises et 1.400 Finlandaises ont été interrogées pour cette étude. Il ressort que la consommation continue pendant au moins deux semaines d’aspirine, d’ibuprofène ou de paracétamol au cours du second trimestre de la grossesse, est associée à une augmentation significative du risque de cryptorchidie chez les futurs garçons. C’est surtout l’association d’au moins deux de ces médicaments qui élève le risque de façon nette, et ce dès le premier trimestre de grossesse.
La cryptorchidie augmente pour l’homme le risque d’infertilité et de cancer des testicules.

Ce n’est pas un hasard si l’étude a été initiée au Danemark. «Ce pays est un cas particulier, précise Bernard Jégou, co-auteur de La fertilité est-elle en danger ?(1).

On y trouve les plus faibles concentrations spermatiques au monde, une très forte incidence du cancer des testicules et de la cryptorchidie. C’est tout l’inverse en Finlande! »

Baisse de la testostérone

Sollicitée par les collègues danois, son équipe a testé l’impact des trois molécules sur des testicules de rats fœtaux incubés en laboratoire. Au bout de 24 heures, la présence de faibles doses de paracétamol inhibe de moitié la production de testostérone. Or on sait que cette hormone permet aux testicules (qui sont au départ situés dans l’abdomen) de finir leur migration vers les bourses du fœtus mâle. Pour autant, le mécanisme d’action des analgésiques sur la production de testostérone intra-utérine demeure mal compris.

«Cette étude met en évidence une association mais ne démontre pas la relation de cause à effet», précise le biologiste. Ces résultats allument des «clignotants».

«Une autre étude danoise menée auprès de 40.000 femmes, qui vient d’être publiée dans Epidemiology, indique aussi un risque accru de cryptorchidie avec la prise de paracétamol dans les 6 premiers mois de grossesse», ajoute le chercheur de l’Inserm. Il faudrait comparer le cas danois avec d’autres pays et poursuivre les recherches sur des cellules fœtales, y compris humaines, pour y voir plus clair.

Gare aux mélanges

En attendant, il semble bien que le mélange des médicaments soit un élément important à prendre en compte. «On se pose souvent la question des mélanges dans nos études sur les phtalates, précise Bernard Jégou. Certaines molécules sont sans effet séparément mais on un très gros effet quand elles sont ensemble».

Rappelons qu’en France les anti-inflammatoires non stéroïdiens comme l’ibuprofène ou l’aspirine sont déconseillés aux femmes enceintes. Seul le paracétamol est largement prescrit pendant la grossesse en cas de douleur ou de fièvre.

Cécile Dumas
Sciences et Avenir.fr

(1) Pierre Jouannet, Bernard Jégou, Alfred Spira, La fertilité est-elle en danger ?, co-édition La Découverte – Inserm, août 2009.

(2) Les résultats sont d’ailleurs différents entre la cohorte danoise et la cohorte finlandaise : dans ce dernier cas l’augmentation du risque n’est pas statiquement significative. L’incidence de la cryptorchidie étant trois fois plus faible en Finlande qu’au Danemark, il faudrait sans doute une cohorte beaucoup plus importante pour avoir des résultats significatifs, suggèrent les chercheurs.

Source : http://www.sciencesetavenir.fr/sante/20101109.OBS2597/grossesse-les-antidouleurs-pas-indolores-pour-la-fertilite-masculine.html

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