L’heure de la pudeur

Marcel Rufo, Lyliane Nemet-Pier et Valérie Cacchia nous éclairent sur l’apprentissage de la pudeur

« Ne montre pas ta culotte à tout le monde »,

« mets la main devant ta bouche quand tu tousses »,

« ne laisse pas la porte des toilettes ouverte »…


L’apprentissage de la pudeur ferait-il partie de l’éducation des enfants ? Réponses d’experts à une question qui taraude pas mal de parents.

Il y a peu de temps encore, vous laviez son corps potelé avec tendresse, essuyiez fièrement son petit derrière et mangiez de bisous son joli ventre bombé. Et puis un jour, il a fallu vous rendre à l’évidence : Junior a grandi et une certaine distance s’est installée.
« J’ai adoré prendre des bains avec ma fille lorsqu’elle était petite mais je refuse désormais de me prêter à ce moment de complicité », témoigne la maman d’Eléa, 9 ans.

Une décision approuvée par Marcel Rufo (1) :

« La pudeur est un signe d’extrême développement de l’enfant qui passe par plusieurs stades. Il est nécessaire de se détacher pour l’aider à grandir et assumer son propre corps », explique le pédopsychiatre.
« C’est, en outre, le premier apprentissage de la bonne distance entre un parent et son enfant », complète la psychanalyste Lyliane Nemet-Pier (2). Contrairement à la propreté, il ne s’agirait donc pas d’un enseignement en soi, mais plutôt d’un processus naturel reposant sur un certain mimétisme, à condition – bien sûr – d’adopter la « bonne » attitude.

« Pudeur ne signifie pas pudibonderie »

S’il n’est pas franchement conseillé de se balader tous poils dehors, il n’est pas non plus nécessaire de sortir de la salle de bain en col roulé de peur de traumatiser sa marmaille. « Pudeur ne signifie pas pudibonderie », nuance Mme Nemet-Pier.

Et la spécialiste de rassurer la horde de parents déjà surpris par Junior dans le plus simple appareil : « Si c’est anecdotique, ce n’est pas un drame ! Là où cela devient problématique, c’est quand les parents imposent leur nudité et que cette attitude perdure dans le temps. Plus l’enfant grandit et moins il devrait être en mesure de voir leurs corps nus », interprète-t-elle.

Un discours que Caroline entend volontiers : « Pour l’instant, mes enfants sont encore jeunes. Je laisse donc la porte de la salle d’eau ouverte lorsque je me douche pour qu’ils puissent entrer s’ils ont besoin de quelque chose. Dans quelques années, je leur expliquerai que l’on n’entre pas comme ça chez les grands ».

Le fait de s’exhiber pour un enfant n’a rien d’anormal

Mais de même que les parents sont invités à faire montre de réserve, il leur appartient également de tempérer les ardeurs de leurs rejetons, comme l’explique le papa de Mina, 3 ans et demi : « Ma fille adore se promener nue à la maison. Bien que cela ne nous dérange pas en soi, nous lui demandons de s’habiller. » Une mission plus compliquée qu’il n’y paraît, à en croire ce trentenaire qui ne veut surtout pas que son aînée assimile la nudité à quelque chose de sale ou de honteux.

« Le fait de s’exhiber pour un enfant n’a rien d’anormal. Son entourage doit cependant lui expliquer que son corps n’appartient qu’à lui et qu’il n’a pas à l’exposer », analyse Marcel Rufo. 

Premier rempart contre la pédophilie, ces explications doivent cependant être exemptes de toute connotation moralisatrice, y compris lorsque l’enfant fait plus que dévoiler son intimité. « Comme toutes les petites filles, Mina a découvert son corps en se caressant. Il a donc fallu lui enseigner qu’elle avait le droit de s’intéresser à son sexe mais uniquement en privé et dans sa chambre », poursuit son père.

Ce discours, Valérie Cacchia, assistante maternelle, l’a adopté spontanément, bien qu’elle n’ait jamais reçu de directives. « Notre formation est plutôt axée sur les soins. Pour le reste, nous agissons avec les enfants que nous gardons comme s’ils étaient les nôtres. » Pas facile cependant d’essuyer des petites fesses de filles quand on a eu trois garçons ! « Il faut nettoyer sans s’attarder, faire du vite fait bien fait », plaisante la professionnelle qui reconnaît qu’il faut cultiver, par pudeur, une certaine retenue avec un enfant qui n’est pas le sien.

Sans verser dans une pudibonderie mal placée, nos spécialistes conseillent de leur côté aux parents d’aider leur progéniture à devenir autonome rapidement. « Dès qu’ils en sont capables, les enfants doivent apprendre à se laver tout seuls afin qu’ils sachent que personne n’a le droit de les toucher », insiste Lyliane Nemet-Pier…  Sauf bien sûr si c’est pour jouer au docteur !

(1) Auteur de Tiens bon ! Éd. Anne Carrière, 2011.
(2) Auteure de Moi, la nuit, je fais jamais dodo, Éd. Fleurs, 2000.

Source : http://madame.lefigaro.fr/societe/lheure-de-pudeur-011211-197433

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