La fessée pour ou contre ?

Stephan Valentin, écrivain, scénariste, docteur en psychologie et auteur de « La fessée pour ou contre » aux éditions Jouvence a accepté de répondre à quelques questions au sujet de la fessée et de ses idées reçues.

 

Qu’est-ce qui vous a amené à écrire ce livre sur le thème de la fessée ?

 

Stephan Valentin : Quand j’ai lu que jusqu’à 87 % des parents français ont déjà donné une fessée à leur enfant, je me suis dit qu’il serait important de s’interroger sur la portée de cet acte sur l’enfant. Sachant aussi que 18 pays européens ont déjà interdit la fessée, dont la Suède (déjà il y a 30 ans !). Après tout, une fessée implique de la violence.

 

On entend souvent « oh moi j’en ai reçu des fessées et je n’en suis pas morte», qu’en pensez-vous ?

Stephan Valentin : Vous savez, peut-être on ne meurt pas de la fessée (sauf en cas de maltraitance), mais on ne l’oublie pas non plus. Personne ne dira que la fessée était un moment « formidable » ou « agréable ». Et est-ce que cela signifie aussi que finalement, il devrait être permis de frapper sa femme, des personnes âgées et des animaux, car après tout, une claque de temps en temps, ça ne fait pas de mal à personne… Comment se fait-il que notre société accepte toujours que l’on frappe les enfants dans un but éducatif ?

Que conseillerez-vous à des parents qui trouvent qu’il n’y a que la fessée qui marche ?

Stephan Valentin : Montrez-moi une famille où l’enfant se comporte vraiment de manière exemplaire pendant toute son enfance après avoir reçu une seule fessée. En tant qu’enfant on ne reçoit pas une fessée, mais plusieurs dans sa vie. Parce que on fait souvent des bêtises ou parce qu’on veut absolument le jouet au magasin et que le NON de papa et maman n’est pas accepté. Vous croyez vraiment qu’une fois la fessée donnée, l’enfant ne fera plus jamais de crises au supermarché ? Entre nous, ça se saurait…
En général, la fessée tombe quand l’enfant est insupportable et que les parents sont débordés et qu’ils ne savent plus comment gérer la situation. Où ils veulent le punir pour une bêtise. Est-ce vraiment une réponse adaptée ?
En fait, la fessée fonctionne sur les mécanismes de la peur. L’enfant obéit, certes, mais sans intégrer les règles. Petit à petit, il s’habitue et s’endurcit, et surtout apprend à mentir, à faire les choses en cachette pour éviter la fessée. Ainsi, il est évident que la fessée n’est pas un acte pédagogique. Il n’apprend rien à l’enfant, sinon que le plus fort aura toujours raison du plus faible. Moi, je conseille aux adeptes de la fessée d’essayer les pistes que je donne dans mon livre comme par exemple d’isoler l’enfant dans sa chambre pour le punir, s’il le faut. Chacun se calme de son côté et après on s’explique.

Faites-vous un distinguo entre la fessée qui ne fait pas mal et la fessée qui fait mal ?

Stephan Valentin : Une fessée reste toujours une fessée. C’est une manière de frapper, et donc une violence physique. Vous savez, quand j’ai des parents en consultation qui me disent qu’ils frappent leur enfant, mais pas souvent, juste 3 à 4 fois par semaine, je sais qu’il est très dangereux de faire ce distinguo dont vous parlez. On ne frappe pas son enfant, tout court ! Sinon il faut aussi accepter que l’enfant frappe ses parents une fois qu’il est adulte. Mais là, tout le monde va s’écrier, « mais on ne donne pas des coups à ses parents. Il faut les respecter !» Et l’enfant alors ? Quand est-ce qu’on va le respecter ?!

 

Et la menace de la fessée alors ?

Stephan Valentin : Les menaces permanentes que l’on n’applique pas n’ont aucun effet. Il s’agit alors de bien réfléchir à la punition promise et surtout à son application dans la réalité. En fait, il faudrait pouvoir sortir de cette habitude de vouloir faire peur à son enfant pour qu’il obéisse. Il est toujours préférable que l’enfant comprenne le sens de votre « Non » au lieu de le craindre.

 

Je suis une mère, j’ai craqué, j’ai donné une fessée à mon enfant et je le regrette, que me conseillez-vous ?

Stephan Valentin : Si bien sûr il ne faut pas montrer du doigt et stigmatiser les parents qui ont recours à la fessée, parce que débordés, excédés, épuisés, il leur est arrivé de donner une fessée, il faut que la fessée reste une exception. Quand on a frappé son enfant, il a besoin et surtout, il a le droit d’entendre que la fessée n’était pas la bonne solution et que le parent s’est trompé et qu’il regrette.
Le pardon est un acte de réconciliation. Toute punition corporelle est toxique pour la relation parent-enfant. Elle peut endommager la confiance de l’enfant envers ses parents. S’excuser auprès de son enfant ne met en aucun cas en cause l’autorité parentale. Au contraire, cela évite que l’on passe à nouveau à l’acte, car le parent comprend lui-même qu’on peut l’éviter. On peut dire, « je n’aurais pas dû taper » ou «  tu m’as tellement énervé, mais je n’aurais pas dû te fesser ». Mais il faut éviter les excès pour s’excuser, car le message est très ambigu. Après tout, l’enfant s’est mal comporté aussi et il pourrait croire qu’il avait en fait raison. On peut s’expliquer, mais sans bonbons et sans bisous.

Qu’expliquez-vous aux parents qui pensent que de ne pas donner de fessée c’est faire preuve d’un manque d’autorité ?

Stephan Valentin : Cela signifierait alors que les enfants de tous les pays, qui ont déjà interdit la fessée, font la loi à la maison ? Que ce sont tous des enfants roi ? Que leurs parents ont perdu toute autorité parentale ? En aucun cas la fessée n’affirme l’autorité. Au contraire, c’est lorsque le parent est paniqué par sa perte d’autorité qu’il en vient aux coups. Et quand il donne la fessée en étant calme pour punir l’enfant, c’est le même échec. Il envoi le message suivant à l’enfant : Si papa et maman ne sont pas d’accord avec moi, ils ont le droit de me frapper et si je suis méchant, je mérite des coups.

Pour Françoise Dolto, on devrait remplacer le terme d’autorité parentale par «responsabilité parentale», responsabilité qui ne peut s’exercer sans compétences. J’aimerais rajouter que l’on ne montre jamais ses compétences de parent responsable en frappant son enfant.

 

Pour finir : Êtes-vous pour ou contre l’interdiction de la fessée en France ?

Stephan Valentin : Frapper est un interdit majeur dans notre société que l’enfant doit intégrer. Tout au long de la journée, on dit à son enfant qu’il ne faut pas frapper les enfants à l’école, au square ou au centre d’animation. Il ne faut pas non plus donner des coups au petit frère ou à la sœur. Mais comment comprendre cet interdit, si à la maison, l’enfant reçoit des coups et que c’est considéré comme étant normal. Beaucoup de parents disent d’ailleurs, c’est leur droit de frapper leur enfant.

Je pense que les parents devraient éviter la fessée et tout châtiment corporel pour punir leur enfant pour devenir un modèle non violent. Une loi contre la fessée peut agir positivement sur les mentalités. Cela a été le cas en Suède. Lorsqu’on y avait voté en 1979 une loi contre les châtiments corporels, 70% des citoyens s’y étaient opposés. À l’heure actuelle, ils ne sont plus que 10%. Et les parents suédois ne sont point privés de leur autorité. Les cas de maltraitance auraient en plus diminué. Il ne s’agit pas de ne pas donner de fessées à son enfant par crainte de risques judiciaires, mais bien de comprendre son inefficacité et son inutilité. C’est ça le message d’une loi contre la fessée.

Il y a 50 ans, on donnait en France des fessées à coups de martinet. À l’heure actuelle, on se dit, mais comment on a pu faire ça aux enfants. Quelle idée… Donc, il y a toujours espoir que les adeptes de la fessée changent d’avis et j’espère que mon livre sur la fessée les aidera à trouver des alternatives à cette punition qui fait mal…

Source : http://www.brindilles.fr

Laissez un commentaire