"J’veux plus aller à l’école ! » Témoignage d’une famille en crise

Un cauchemar chaque jour renouvelé.
Depuis la rentrée scolaire, Maxime, 2 ans et demi, refuse obstinément d’aller à l’école.

Chaque matin quand Magali, sa maman le réveille, il ne lui saute plus au cou comme avant pour lui faire de longs câlins, il n’a qu’une question lancinante qui tourne à l’obsession:

 

 

 » Y’a école aujourd’hui, maman ? Je ne veux pas y aller. Je veux rester avec toi ».

 

Un SOS matinal qui tourne au cri de détresse au fur et à mesure que l’heure fatidique approche. Depuis plus de deux mois, la maisonnée est sous le choc.
Les crises de larmes et le mal-être du bambin perturbe tout le monde. Il faut dire que Maxime ne fait pas dans la demi-mesure. Il s’agrippe aux draps de son lit, refuse de prendre son petit déjeuner, traîne pour s’habiller et pique de véritables colères, se réveille la nuit, littéralement torturé et n’est plus aussi rieur qu’avant.

Sa mère est épuisée. « Devant la porte de sa classe, il hurle tellement et s’accroche à moi si fort que la maîtresse est parfois obligée de me l’arracher des bras. Au début de l’année, d’autres enfants réagissaient comme lui mais aujourd’hui ils se sont calmés, pas lui.

C’est l’enfer. Je ne sais même pas comment me comporter à l’égard des autres parents. J’ai l’impression qu’ils sont irrités par les cris de mon fils. Je pars travailler l’estomac noué, les yeux plein de larmes. Je n’avais jamais vécu ça avec sa nounou auparavant » dit-elle, effondrée.

Même Marc, son père, qui au départ croyait à un gros caprice prolongé revient bouleversé lorsqu’il amène lui-même son petit bonhomme à l’école. « Ce n’est pas du cinéma, reconnaît-il aujourd’hui. Il souffre vraiment ».

Pour Jacquelyne Brun, psychanalyste, psychologue, auteur de Angoisse, es-tu là ? (Fleurus), il y a beaucoup de petits Maxime dans les cours de récrés.

« L’école est un tournant dans la vie de l’enfant. C’est un moment social important.
Il devient grand, change de statut. Mais la séparation d’avec la maman est bien plus douloureuse que lorsqu’il allait chez sa nourrice ou en crèche. L’école n’est pas maternante, la maîtresse doit s’occuper de 30 petits écoliers qui se retrouvent rivaux pour capter son attention.

C’est une situation ingérable, il faudrait plus d’adultes pour s’occuper d’eux. Ils passent sans transition d’un milieu protégé à un univers qui ne l’est plus du tout. Je rencontre certains enfants pour lesquels par exemple aller en cour de récréation est une épreuve très difficile. Plus timides que les autres, ils s’y sentent en grande insécurité car ils se retrouvent avec beaucoup d’enfants, certains plus âgés qu’eux et sont vraiment angoissés ».

Dire et redire à l’enfant tout l’amour qu’on lui porte

Pour cette spécialiste, il ne faut pas négliger la douleur de l’enfant. Il faut être vigilant car dans ces moments-là, il se sent abandonné. « Surtout, quand la souffrance est trop grande, il faut le soigner et consulter un professionnel.

Trop souvent les parents n’osent pas car ils craignent devoir accompagner leur enfant durant des années chez un psy. Ce n’est pas le cas. En une, parfois deux ou trois séances, nous parvenons à débloquer des situations qui paraissent très difficiles ».

Jacquelyne Brun conseille aussi à chaque parent de rassurer l’enfant qui a peur, de lui dire et redire tout l’amour qu’elle lui porte, de discuter et même d’aller dans son sens pour prouver qu’elle le comprend. Un exemple ? Lorsque l’écolier rebelle lance « je veux rester avec toi », le parent peut répondre, « Je te comprends, moi aussi j’aimerais rester à tes côtés, ce serait tellement bien mais tu le sais, je travaille et ce n’est pas possible ». Une invitation au réconfort qui pour être efficace doit revenir souvent dans la bouche des parents.

Et, la psychanalyste prévient: « à l’école, il y aura d’autres étapes difficiles: l’entrée au CP, en sixième et même en quatrième ». Comme si en maternelle, les déchirements et les angoisses de votre progéniture ne faisaient que commencer…

Source : http://www.psychonet.fr/2000/11/22/916-j-veux-plus-aller-a-l-ecole-brtemoignage-d-une-famille-en-crise

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