Deuil : Parler de la mort aux enfants

À l’occasion de la sortie du livre

Devant la mort : comment répondre aux questions des enfants ?

le magazine Psychoenfants a interrogé son auteur, la psychiatre Fanny Cohen-Herlem. Comment aborder cette question délicate auprès des enfants ?
Faut-il tout leur dire ?
Quels mots choisir pour parler de la mort aux enfants ?…

 

PsychoEnfants : Comment aborder la question de la mort auprès d’un enfant ?

Fanny Cohen-Herlem : Commençons par préciser qu’il ne faut en parler que lorsque l’enfant est confronté à la mort, que ce soit de manière directe, avec le décès d’un proche, ou de manière indirecte, lorsqu’il a vu quelque chose à la télévision qui l’a choqué. Je ne crois pas qu’il soit nécessaire de lui parler de la mort en général, sauf s’il a, lui, envie d’en parler, s’il en exprime le besoin, en posant des questions par exemple.

PE. : Comment expliquer ce qu’est la mort à un enfant ?

F. C.-H. : Il faut lui en parler de manière claire et précise. Les parents peuvent utiliser des termes simples et ne doivent surtout pas en avoir peur. Il ne doit pas y avoir de tabou sur un mot. Ce tabou est généralement posé par les adultes, parce que ça les angoisse de parler de la mort.

Les enfants eux sont très crus dans l’emploi des termes. Le fait de dire « Il est parti au ciel » peut être mal compris par l’enfant. Il est alors nécessaire de lui préciser que quand on est au ciel, on n’est plus vivant.

PE. : Les enfants sont-ils suffisamment matures pour  » tout entendre  » ?

F. C.-H. : On adapte toujours son discours en fonction de l’âge de l’enfant, en prenant bien soin d’utiliser des mots qu’il peut comprendre. Le plus important est de bien saisir ce qu’il demande. Mais cela dépend aussi des capacités personnelles de chaque enfant.

Par exemple, un enfant de 3 ans ne sait pas vraiment ce qu’est la mort. Il sait que quelqu’un ou un animal n’est plus là mais il n’a pas encore conscience du caractère définitif de cette disparition. Ce n’est que lorsque l’enfant acquiert la notion du temps, entre 5 et 7 ans environ, que peu à peu il est en mesure d’appréhender la notion de mort.

PE. : Les enfants peuvent-ils avoir peur de la mort ?

F. C.-H. : Là encore, tout dépend de l’enfant. Certains auront peur de la mort, d’autres non. Il y a des enfants qui disent qu’ils ne veulent pas grandir parce qu’ils ont peur de mourir.
Ils ont peur de grandir parce que cela signifie également que leurs parents vieillissent et donc par conséquent, qu’ils vont mourir un jour. Le mieux serait de demander :
 » Qu’est-ce qui te fait peur ? « ,
 » Pourquoi as-tu peur ? « …
Et c’est à partir de leurs réponses que l’on peut essayer de comprendre et donc de répondre à leurs craintes. À n’importe quel âge, ils peuvent avoir ce que l’on appelle des
 » angoisses de mort « , mais c’est autre chose.

PE. : Comment un enfant peut-il se reconstruire après la mort d’un proche ?

F. C.-H. : Il y a bien eu un bouleversement intérieur mais rien n’a vraiment été détruit. Les enfants ont une très grande capacité de récupération. Cette récupération va dépendre de la proximité qu’entretenait l’enfant avec la personne décédée. Si c’est l’un de ses parents, il est évidemment beaucoup plus atteint que si c’est quelqu’un de plus éloigné. S’il s’agit de l’un de ses grands-parents, l’enfant l’acceptera plus facilement, car il s’agira pour lui de l’ordre naturel des choses. Mais cette capacité à se débrouiller intérieurement va aussi dépendre de l’âge de l’enfant, de l’impact que cette mort va avoir sur lui et de la façon dont l’entourage va l’accompagner.

PE. : Justement, comment les parents peuvent-ils accompagner un enfant dans ce genre d’épreuve ?

F. C.-H. : C’est la capacité de l’entourage de l’enfant à faire face qui va l’aider à avancer, à faire son deuil.

L’enfant doit toujours sentir qu’il a la possibilité d’en parler s’il le souhaite, qu’il a autour de lui des adultes qui sont capables de prendre de la distance par rapport à ce décès. Ils doivent donc être auprès de l’enfant, lui poser quelques questions, savoir ce qu’il en pense et comment il prend les choses. S’ils remarquent des problèmes de sommeil, d’alimentation ou de comportement à l’école, ils doivent s’assurer que l’enfant ne déprime pas.

Dans certains cas, les petits manifestent très vite le besoin de reprendre leurs jeux, de retourner à la  » vie d’avant « . Cette attitude choque parfois les adultes mais elle est normale. Les enfants n’ont pas les mêmes réactions. Il est toutefois important de préciser que lorsque l’on est parent, on ne peut pas tout faire et qu’il est parfois nécessaire d’aller consulter un tiers, quelqu’un qui soit en dehors de cette histoire-là.

PE. : Lorsqu’une personne est sur son lit de mort, faut-il envoyer l’enfant lui dire adieu ?


F. C.-H. : Cette question est compliquée. Cela dépend dans un premier temps de l’endroit où se trouve cette personne. Ce n’est pas la même chose pour un enfant si elle est chez elle ou si elle est à l’hôpital. On ne sait jamais ce que l’enfant perçoit.
Une visite à l’hôpital peut s’avérer extrêmement impressionnante pour un enfant, surtout si le malade est sous perfusion, plein de tuyaux… Cela va également dépendre pour le parent de ce qu’il connaît de son enfant et de la capacité de celui-ci à faire face. Si les parents ressentent que leur enfant est trop petit, trop fragile ou trop angoissé, il est préférable qu’il n’y aille pas. Ou alors, les parents doivent l’accompagner pour veiller à ce qu’il n’assiste pas à une scène traumatisante.

PE. : Vous n’évoquez là que des cas dans lesquels le proche décède de vieillesse. Mais est-ce plus difficile à accepter pour l’enfant s’il est confronté à une mort non naturelle ?

F. C.-H. : Bien sûr. On n’est alors plus dans l’ordre naturel des choses. Des sentiments d’angoisse et de culpabilité peuvent naître chez l’enfant :  » Ce n’est pas juste, comment aurait-il fallu faire « …
Mais l’inquiétude des parents va jouer également. S’ils sont anxieux ou angoissés, l’enfant va le sentir. Ils vont avoir tendance à le surprotéger et le risque est qu’ensuite, l’enfant perde son sentiment de sécurité. Il risque de devenir très anxieux lui aussi.

Les enfants sont comme des éponges, ils attrapent tout ce qui passe comme disait Dolto.

À lire…

Si on parlait de la mort, Catherine Dolto, Colline Faure-Poirée et Frédérick Mansot, Gallimard Jeunesse Giboulées.
La vie et la mort, Brigitte Labbé et Michel Puech, Milan Jeunesse.
Les questions des tout petits sur la mort, Marie Aubinais, Bayard Jeunesse.

Sources : http://www.e-sante.fr/deuil-comment-parler-mort-enfants

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