Ces jouets qui jouent au prof

Mini-ordis dès 6 mois, consoles bilingues pour tout-petits, jeux de société à messages écolos…
Les jouets éducatifs abondent. Au risque de brider leur imagination ?

C’est l’un des « tops » de Noël. Disney Baby est un mini-ordi à l’effigie de Mickey, destiné à éveiller les tout-petits aux chiffres et aux lettres. Public visé ? Les bébés de 6 mois qui tapotent sur les larges touches !

Dans les catalogues de jouets, les consoles éducatives se taillent toujours la part du lion, « en particulier celles qui accompagnent les apprentissages scolaires : lecture et calcul », souligne Franck Mathais, directeur marketing de La Grande Récré.

Pour les plus grands, on privilégie les consoles bilingues, comme le tout dernier Littlest PetShop Party Power de Lexibook, où des petits animaux gracieux sont l’alibi pour leur faire travailler leur anglais ou répondre à mille questions d’orthographe.

D’après la psychanalyste Sylviane Giampino, ce souci grandissant de « pédagogisation » est très révélateur d’une crainte de l’avenir :

« Les parents pensent qu’en “coachant” leurs enfants et en les stimulant au berceau, ils leur permettront d’échapper à un futur incertain – voire au spectre du chômage. »

On comprend mieux l’engouement actuel pour le ludo-éducatif.

Et l’imagination ?

Ces boosters d’intellect ne vont-ils pas, à terme, brider leur imagination et leur créativité ? « Avec ces jouets à fort Q. I., le risque est que l’enfant se laisse guider par l’objet au lieu de le maîtriser, explique Agnès Lévine, psycho-pédagogue. Or, le vrai plaisir du jeu consiste à recréer le monde, voire le détourner. C’est en ce sens que la psychanalyste Melanie Klein soulignait que le meilleur des jouets était simple, non figuratif et non mécanique. »

Autre problème : la sur-stimulation : « À force d’être environné de bruits, de sons, de lumières… le bébé, puis le petit enfant, ne risquent-ils pas de s’habituer à fuir la solitude et le silence – bref, la réalité ? » interroge le pédopsychiatre Patrice Huerre, fervent adepte du « jeu gratuit », qui se demande si « les adolescents addicts_ aux jeux vidéo, et même aux produits stupéfiants, n’ont pas été des bébés un peu trop stimulés dans leur enfance »…

Varier la liste de Noël

Alors, doit-on les laisser taper dans un ballon ou couper les cheveux de leur Barbie sans souci pédagogique ? Sans aller jusque-là, on peut tenter de diversifier la liste de Noël. Pourquoi pas du ludo-éducatif, si l’on n’oublie pas les kits créatifs et autres joujoux silencieux qui l’encourageront à créer, dessiner… voire régresser ! « Des jouets qui, à leur manière, sont éducatifs comme Monsieur Jourdain faisait de la prose », rappelle Franck Mathais. Avec un baigneur ou un Zhu Zhu Pet (petit hamster électronique classé dans le top 3 des ventes), l’enfant exerce, mine de rien, son sens de la responsabilité ; et en jouant à la Barbie avec leurs copines, on sait maintenant que les petites filles expérimentent le « jeu social ».

Signe d’un petit ras-le-bol à l’égard de ces « joujoux profs », les jouets traditionnels en bois comme les Kapla (des incontournables) ont opéré un come-back étonnant depuis deux ans, et, d’après Jackie Pellieux, PDG de JouéClub, sont le signe d’un recentrage sur les valeurs fondamentales – dont la famille. « Doit-on rappeler que 50 % du plaisir de jouer est dans la relation à l’autre ? » interroge Agnès Lévine. C’est cela qui est magique : l’interactivité avec l’autre – un parent, un copain, une tante… Non pas avec un joujou, fût-il surdoué.

Source : http://madame.lefigaro.fr/societe/ces-joujoux-qui-jouent-aux-profs-161210-112696

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