Le Medef plaide pour un congé paternité obligatoire

La CFDT souhaite de son côté allonger sa durée à deux mois. 

Objectif : éviter que la maternité soit un facteur discriminant
pour les femmes sur le marché du travail.

Un élargissement des droits des pères de famille est dans l’air. À l’occasion de la journée de la femme, le 8 mars dernier, le Medef et la CFDT se sont tous deux prononcés pour une réforme du congé paternité. Instauré en 2002, il donne actuellement droit à 11 jours de congé pour un enfant, 18 si la grossesse est multiple, en plus des trois jours accordés pour la naissance. Une indemnité journalière de 77,79 euros maximum est versée à ce titre.

La présidente de l’organisation patronale, Laurence Parisot, a proposé dans les colonnes de «Elle» de rendre ce congé paternité obligatoire, et d’en allonger la durée. Même idée à la CFDT, où Monique Boutrand, secrétaire nationale de la branche cadres, suggère de prolonger la durée du congé paternité à 2 mois.

«Mère en puissance»

Dans les deux cas, ces propositions visent à changer le regard des employeurs sur les femmes qu’ils emploient. Car bien souvent, les discriminations dont elles font l’objet sur le marché du travail résultent des anticipations par leur employeur de leurs grossesses potentielles, et des absences qu’elles sont susceptibles de générer. De l’ordre «de 5% à 10% du temps sur les années à venir» selon Laurence Parisot.

Or, si le nombre d’absences dus aux congés paternité augmentent, «les employeurs considèreront moins les femmes comme des mères en puissance. Tous les salariés deviendront des parents en puissance et les entreprises seront obligées de se réorganiser en conséquence», explique François Fatoux, délégué général de l’Observatoire sur la responsabilité sociale des entreprises (Orse). «Tant que la femme portera seule le risque potentiel d’une absence longue pour cause de parentalité, quelles que soient ses compétences, elle ne pourra représenter le profil du cadre efficace et investi dans son travail», renchérit Monique Boutrand.

«Ghetto protecteur»

De fait, l’instauration d’un congé paternité obligatoire et rallongé constituerait «très clairement une réelle avancée dans la lutte contre les discriminations faites aux femmes», estime François Fatoux, qui fustige le «ghetto protecteur» dont elles pâtissent actuellement sur le marché du travail.

Le ministre du Travail Xavier Bertrand s’est montré a priori favorable à une telle réforme du congé paternité. «Pourquoi pas ? Si c’est une proposition des partenaires sociaux et visiblement des entrepreneurs, je suis bien sûr prêt à en discuter», a-t-il réagi dimanche dernier dans une interview au Parisien.

Rendre le congé paternel obligatoire serait-il cependant suffisant ? Selon les derniers chiffres de la Drees, plus de deux tiers des hommes prennent déjà les 11 jours de congé dont ils bénéficient à ce titre. «Le caractère obligatoire et l’allongement sont tous deux intéresssants, et doivent être associés. Pourquoi ne pas imaginer un mois de congé paternel avec une interdiction légale de travailler pendant 15 jours ?», suggère François Fatoux.

Sensibiliser les salariés

D’ores et déjà, nombre de grandes entreprises intègrent de façon croissante cette question de l’égalité des sexes face à la parentalité. «Aujourd’hui, l’entreprise contribue à l’égalité professionnelle en intervenant dans le champ de la famille», souligne le dernier rapport de l’Orse. Parmi les accords d’entreprises étudiés par l’Observatoire, un nombre croissant prescrit des actions concrètes pour encourager l’homme à prendre en charge son rôle de père. Bayer Santé ou Hennessy, par exemple, ont accru le nombre de jours accordés au titre du congé parental. Danone Produit frais offre aux nouveaux pères la possibilité d’échanger leur 13e mois contre 22 jours de congés supplémentaires. Arianespace propose même de valoriser le congé paternité en le rémunérant.

«Malheureusement, beaucoup d’hommes considèrent encore que prendre ces congés et assumer leur parentalité au travail peut les pénaliser professionnellement. Et plus on monte dans la hiérarchie, plus la réticence est forte. Une véritable campagne de sensibilisation est donc parallèlement nécessaire pour faire évoluer les mentalités. À l’image de la Norvège, il nous faut encore véhiculer l’idée qu’un homme qui ne prend pas son congé paternel n’est pas un meilleur salarié, au contraire».

Source : http://www.lefigaro.fr/vie-entreprise/2011/03/09/09008-20110309ARTFIG00612-vers-un-conge-paternite-reforme.php

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